Grimpe en zone bleue#1

Ne vous attendez pas ici à un récit de grimpe, plutôt une nouvelle définition du temps, celui qui n’en laisse justement que peu pour faire de l’escalade, mais qui fait de l’île d’Ikaria une zone bleue. Bleue, non pas pour les eaux turquoises qui la séparent de la Turquie mais pour l’espérance de vie particulièrement élevée de ses habitants, sans doute un peu parce que le temps est donnée par la couleur du ciel et qu’il n’est pas un régulateur tyrannique du quotidien.

 

Débarquer sur l’île sans stress

Nous sommes partis de Kalymnos avec un arrière goût de trop peu, nous n’avions que 3 journées a y consacrer à la grimpe, enfin je devrais dire 3 matinées à fuir le soleil qui blanchissait les falaises ou s’immisçait au creux de leurs grottes. 

Mais Kalymnos, n’avait toujours été imaginé que comme le bonus de notre séjour Grec, principalement prévu à Ikaria. Nous avions même hésité de peur de ne pas y trouver ce que nous aimons dans l’escalade : s’attarder sur les falaises, au calme, poser chaque mouvement pour en faire des plus élégants les uns que les autres. Nous avions craint d’être entourés ou suivi de dizaines de petits bonhommes fluo encordés les uns aux autres. La réputation serait-elle fausse ? Sur nos deux grandes voies de choix, car ombragées, nous étions seuls sans personne à l’horizon.

coucher de soleil – secteur Grande Grotta

Dans la tanière des pro de l’escalade, la Grande Grotta, seuls résonnaient les gémissements d’un italien à chaque fois que ses mains allaient agripper une stalactite, les pieds à fond la friction sur les tuffa abrasifs. A côté, nous étions plus gros tas de “Grotta”.

 Grande Grotta

 

Cependant, les bestiaux avaient laissé des traces de leur présence un peu partout avec leur trace blanche de magnésie.

 

A Kalymnos donc, nous avions un planning très serré, et un dieu soleil auquel nous conformer.

Mais Ikaria était plutôt connu pour sa douceur de vivre et nous comptions bien y vivre au rythme de l’absence de contraintes, à celui de nos corps fatigués d’un long hiver néerlandais.

Ikaria, est une île Grecque classifiée parmis ces quelques lieux du monde où les gens vivent particulièrement vieux et heureux appelées les “blue zones”.

Un amis grec vivant à Amsterdam, Alexandros, m’avait convié à un festival d’escalade connu que d’une poignée d’Athéniens et organisés par des passionnés qui, depuis quelques années équipaient les falaises et nettoyaient les blocs. Voir de nouveau horizons délimités par des falaises… évidemment qu’on a dit “oui”.

Ikarya

Alors que, du pont du ferry ultra rapide qui nous emmenait de Kalymnos à Ikaria, nous aurions pu nous envoler emporté par la puissance du vent relatif à l’embarcation, c’est par le rythme de vie dont rien ne semblait donner le tempo que nous avons été happé et cela dès notre débarquements sur l’île. Au port d’Agios Kirykos, il n’y avait pas de bus, à Agios Kirykos non plus : “il est passé hier… je ne sais pas quand il repassera” fut la réponse évasive d’une employée d’agence de voyage. Nous devions nous rendre sur la côte Nord de l’île, à 15 kilomètres à vol d’Icare, plutôt 40 par la route et quelle route… des virages serrés par centaines, un col au bout de l’épine dorsale de cette bête géologique.

Au moins nous avions la certitude qu’il nous faudrait louer une voiture… chouette Romain adore conduire et moi j’adore être passagère en route de montagne.

Un chauffeur de taxi, qui avait sans doute repéré nos piétinements, nos sacs surchargé, et nos visage constipés, nous accoste et propose de venir nous prendre dans une heure pour le tarif d’amis de 45€, “En m’attendant, relax, buvez un café manger des souvlakis.. Relax”.

Au prix de la course, autant louer une voiture tout de suite, nous partons alors faire du porte à porte d’agence de location. Toute sont fermées sauf une, vide, la porte fermée à clef, les clefs sur la serrure. Alors que nous collons notre front à la vitrine pour mieux voir à l’intérieur, un vieil homme arrive et nous ouvre. Il était posé en terrasse. “Une voiture? Je n’en ai plus mais revenez à 19h, j’appelle mon fils à l’aéroport, il aura peut être une jeep pour vous. En attendant, posez vous en terrasse et mangez des souvlakis…”. L’homme retourne se poser nous offrant des abricots bien frais et bien sucrés pour patienter.

Nous rencontrons un retraité Français, autre naufragé de l’absence de service touristique, lui tourne depuis un moment à la recherche d’un scooter. Impossible.

Nous craquons et attendons donc, Marcos, notre nouvel ami chauffeur de taxi, mais sans les souvlaki. Si nous commençons à manger des grillades à chaque fois qu’on nous propose d’attendre nous allons dépasser notre quota de viande annuel en deux heures.

Marcos est bavard, il aime nous parler de son île, de sa vie et en savoir plus sur notre visite, mais moi je dois me concentrer pour m’auto-convaincre que je vais tenir jusqu’à Evdilos sans salir sa Mercedes alors je respire calmement et ferme la bouche.

Il s’intéresse à notre passion, peu commune ici : l’escalade, lui il se dit trop gros pour grimper quoi que ce soit et se contente de la chasse et du harponnage de poissons. Mais il connait un certain Dimitrios, un chic type qui équipe les falaises d’Ikaria. Dix jours plus tard, au trajet du retour nous lui raconterons notre rencontre avec Dimitrios, que nous avons évidemment croisé, un chic type en effet.

 

Marcos nous dépose à Kiparissi où nous devrions trouver notre studio… le Kiparissi studio, sans adresse, quelque part sur les pentes du vallon du même nom. Nous descendons sur la plage pour avoir une vue d’ensemble de ce dernier et des maisons qui se camouflent dans la végétation.

Ikaria – Kiparissi beach

Je pense repérer la maison dont j’avais vu des photos sur l’Internet de Goggle, mais par où y accéder ?  Aller sur la plage et trouver un chemin ? Remonter sur la route, marcher sur l’accotement et essayer de ne pas se retrouver sur la trajectoire d’une mobylette qui ne nous aurait pas vu en sortie de virage ? Dans le doute nous appelons la fille de nos hôtes, qui appelle son père pour qu’il viennent nous récupérer. Débarque quelques minutes plus tard un vieil homme dans un vieux pick-up d’un bleu passé sous trop de soleil et sur trop de poussière. Il n’a pas l’air d’être descendu là pour faire bronzette, c’est notre hôte : Andrea.

Évidemment nous n’avons rien à manger, il est tard est le village est à 4 kilomètres il nous reste bien des galettes waza achetées à Kalymnos, du fromage de brebis au vin qui a du aimer la chaleur du voyage et quelques fruits secs, mais  Andrea et sa femme Anna ont évidemment mieux : énorme salade grecque baignant dans son huile d’olive, accompagnée d’une volaille à la chaire fraiche, sans doute locale, voir très très locale. Pour faire passer tout ça évidemment le vin cuit de la maison.

 

Dans un globish simplifié, nous expliquons à Andrea que nous cherchons à louer une voiture et que nous marcherons jusqu’au village à la première heure pour maximiser nos chances. Il aurait pu dire : “success” comme le font les néerlandais à l’ironie culturelle, mais non, il a plutôt répondu “qu’elle heure ?” et le lendemain matin à 8 heures nous étions de nouveau dans son pickup, les affaires de grimpe dans la remorque, direction le petit port d’Evdilos. 

Andrea tient à ce que nous nous posions dans un café le temps qu’il fasse le tour du port et glane des informations. Nous dégustons alors notre premier café grec et comprenons alors pourquoi il faut toujours attendre Alexandros une heure lorsque nous lui donnons rendez-vous et qu’il nous répond “J’arrive après mon café” : le café grec n’est pas filtré. Il faut le laisser reposer, pour que le mar coule au fond de la tasse et le boire par très petites gorgées.

 

Les agences sont fermées. Jusqu’à quand ? Le concept d’horaire semble inexistant, celui de chance semblait au contraire systémique, mieux vaut arriver au bon endroit au bon moment pour voir ses ambitions se réaliser, et je ne parle là que d’ambition mineures : aller à la pharmacie, trouver une agence de location de voiture ouverte, trouver un timbre….

Nous quittons notre première terrasse sur les quais du port pour aller voir une agence se trouvant à l’opposée, à deux minutes de là. Andréa discute avec un homme, il nous propose de nouveau de nous poser, prendre un café et attendre. Attendre 9 heure qu’il puisse appeler son fils et vérifier qu’il ait une voiture pour nous. L’homme trés bien portant, fumant cigarette sur cigarette, comme tous les Ikariens ou presque, est un peu le monsieur Loyal  de notre matinée, avec  ses remarques taquines à chaque passant qu’il semble tout connaître personnellement. Ils nous prévient, les visiteurs adorent ou détestent Ikaria selon qu’ils puissent où non tirer un trait sur la notion de “programme”.

Son fils arrive, dans notre voiture de montagne : une Toyota Yaris… Monsieur loyal paie le café, Andrea retourne à son pick-up et nous sommes prêts à partir pour rejoindre les autres grimpeurs au point de rendez-vous dans un hotel une dizaine de kilomètre plus loin.

100 kilomètres de route, un pare-choc et un minimum d’escalade

Le festival d’escalade et de bloc d’Ikaria commence par une journée dédiée au bloc, la grimpe de gros rocher, sculpté pour notre plus grand amusement par le temps, le vent la mer qui sont maîtres d’Ikaria au moins depuis que les ailes d’Icare aient fondu sous son soleil.

Nous prenons avec nous Nicho, un grimpeur allemand attiré par Ikaria plus pour son histoire communiste que par l’escalade, ami Marxiste faisons du rocher notre bien commun à protéger des intérêts privés et à bichonner pour l’avenir de la greckoité.

 

Il nous faudra une heure de route pour accéder au premier site sur la crête, une première heure de conduite qui nous aura suffit à détruire notre parechoc dans un nids de poule.

J’ai une profonde aversion pour la voiture, ça pu, on s’y fatigue sans bouger les fesses et cette cage de faraday, déconnecte carrément de la nature. Alors même si c’est pour se rendre sur un super site de bloc, ça me donne vraiment l’impression de consommer du rocher. Mais avais-je vraiment le choix ? Non. ça fait parti de la grimpe parfois, souvent, de devoir mettre ses valeurs décarbonées de côté.

On a beau être arrivés en voiture le vent, la vitesse à laquelle les nuages gris et menaçant passent au dessus de nos têtes, la vue qui fait un plongeon de 800 mètres vers la mer depuis un terrain accidenté donne l’impression que les habitants d’Ikarya, sont des anomalies ramenées sur cette terre par la mer. 

 

 

Il ya des blocs vierges partout, mais pour la plupart ils n’ont pas été débarrassé de leur mousses ce qui les rend délicats à grimper. Mais les quelques blocs sur ou sous lesquels s’agrippent nos greckos (espèce hybride de grecs et gecko, qui s’accroche avec facilité au rocher mais seulement après leur(s) café(s)) suffisent au plaisir de trouver de se creuser la tête pour trouver d’élégants passages, ceux que dont les gorilles n’auront jamais la clef.

 

Après un sandwich pita-vache qui rit, le temps s’est rafraîchi, les greckos sont partis vers un autre site emportant avec eux les crashpads  du festival et donc maîtrise des chutes.

Nous décidons de les rejoindre de l’autre côté de l’île, redescendant sur la côte Nord pour repartir sur la côte Sud en faisant une pause sur la plage la plus petite mais aussi la plus connue d’Ikaria.

 

Nous passons des paysages de montagnes et du froid aux paysages des Seychelles où les greckos se rafraîchissent à l’ombre de falaises qui, de loin, pourraient être prises pour la peau fripée d’un vieil éléphant barbotant dans des eaux turquoises.

Ikaria – Photo by « Blue zone Climbing »

De beaux rochers, il y en a plus encore à Manganitis où les quelques grimpeurs pro du festivals sont déjà en train de gommer la corne de leurs paumes. La plage se vide et et tous les grimpeurs se mettent en route pour découvrir ce nouveau site. Nous suivons nos amis en voiture mais les perdons derrière un vieux camion et finissons notre notre route dans un sacré cul de sac après avoir descendu une pente très raide et très étroite : un petit port, d’une superficie à peine assez importante pour faire demi-tour. Nous sommes perdus, le temps de trouver le site il fera noir alors nous décidons de rentrer de cette première journée de grimpe où nous avons finalement piloté à défaut de grimper.

Ikaria – Kiparissi beach sunset

2 commentaires pour “Grimpe en zone bleue#1

  1. au moins ça aura été des vacances dépaysantes qui ont demandé de l’adaptation
    par contre je t’imagine très bien en voiture sur ces routes tortueuses ………….^^

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