La glace d’Amsterdam

Il y a des jours où la météo ne sait pas si elle vous veut du mal ou du bien

Cette semaine la température n’a fait que baisser et le vent se renforcer, au point que depuis quelques jours, les températures ressenties le matin et le soir sont de plus ou moins -20.

J’ai même pour la première fois mérité un diplôme de vraie néerlandaise après avoir fait du vélo jusqu’au travail sur et sous la neige.

 

Mercredi soir, j’ai dû empiler couvertures et bouillote sur un Romain frigorifié après une ¾ d’heure de vélo dans le froid contre le vent. Jeudi soir c’est moi qui pestait en arrivant à l’appart incapable de bouger mes doigts et donc d’attacher mon vélo devant chez nous malgré mes gants d’alpi et une demi heure de cyclisme sportif, à griller les feu oranges foncés, ce que je ne fais pas en temps normal à Amsterdam. Ce soir là, je me suis promis de faire une concession au vent et de prendre le tram si le froid subsistait.

Mais j’aime trop la liberté du vélo et vendredi, bien que le vent faisait  se courber les arbres des jardins pris en sandwich entre mon immeuble et celui d’en face, laissant présager que c’est moi qui me courberai face à lui sur la route, j’ai quand même persisté et suis montée sur la selle givrée.

Dès la sortie de ma rangée de briques le vent soufflait, de face, à m’en empêcher de dérouler mon  pédalier à un rythme décent. Mon visage se figeait, le froid le brûlait. Le vent rentrait dans mes orbites jusqu’à atteindre mes méninges.  Je suis donc arrivée au bureau avec une bonne migraine qui m’a forcé à faire le trajet inverse quelques heures plus tard pour retrouver mon lit et le silence. En milieu d’après-midi, comme le soleil brillait je me suis quand même décidée à aller prendre l’air, faire un peu de photo de cette belle lumière d’hiver du côté de Prinsengracht, l’un des trois canaux historique sur lequel j’avais aperçu des patineurs en passant le matin.

Depuis le début de la semaine, mes collègues néerlandais commentaient les conditions de gel sur les étendues d’eau, partageant des cartes interactives et collaboratives pointant les patinoires naturelles de tout le pays, attendant avec enthousiasme que la couche soit assez épaisse pour sortir les patins que tous ont au fond d’un placard.

Vondelpark… un peu notre jardin

 

Là, la météo a voulu faire la paix avec moi. Enlever les gants quelques secondes pour faire une photo était d’une douleur atroce mais l’air de Sibérie dévoilait sa poésie, et des sourires sur les visages jusque là figés dans la glace.

Prinsengrach avait été préservé du tourisme de masse et de ses passages de bateaux-mouche pour que la glace puisse s’épaissir.  Par centaines, les amstellodamois de tout âges avait laissé de côté le borrel , l’apéro du vendredi, pour sentir la vie glisser sur la glace.

Assis sur le bord du canal, sur les barques et bateaux accostés là, les néerlandais chaussaient leur patins sous le regard des touristes qui avaient un peu délaissé la maison d’Anne Frank cet après-midi.

 

Le flux d’une bonne humeur incroyable avait remplacé celui de l’eau.

Les enfants jouaient au hockey, les danseuses sur glaces dansaient.

Une dame à la glisse mélancolique vaquait à ses pensées.

Une mamie, aidée d’inconnus, descendit sur la glace, elle aussi. Lorsque ses semelles s’y posèrent, on pu sentir son bonheur, son visage redevenir celui d’une petite fille qui ne connaissait pas encore le réchauffement climatique.

“Onirique” était le mot qui caractérisait le plus cette après-midi qui faisait encore plus réaliser que depuis deux mois nous étions “ailleurs” et que Lyon, que je considère encore comme “chez moi” est bien loin déjà.

 

 

 

Samedi matin, Romain méritait aussi son petit moment de magie alors, de chez nous, nous sommes partis pour Prinsengrach et notre marché bio du samedi matin, traversant dabord Vondelpark, le parc près duquel nous vivons.

Pour la première fois étaient associé dans mon esprit les mots “profiter du froid”. Le dégel était annoncé pour la semaine prochaine alors il fallait s’amuser de ces conditions polaires que l’on ne vivra peut être plus avant des années.

Les familles y étaient nombreuses avec les enfants en tenue de ski. Les plus petits avaient attachés à leurs petites chaussures un système sur lequel étaient fixées deux lames parallèles, les encore plus petit marchaient sur la glace en poussant une chaise.

Les maîtres se moquaient de leur chiens à qui ils envoyaient des balles sur la glace et qui n’arrivaient pas à s’arrêter pour les attraper.

Sur Prinsengracht la glace avait été usinée par les nombreux passages de lames et été recouverte de copeaux blancs.

 

Malgré la mésaventure de la veille, où j’ai été témoin sur le même canal de la chute d’un homme à travers la glace (il a finalement réussi à s’en extraire seul après s’être débattu et en avoir cassé quelques mètres carrés), Romain a réussi sans trop de mal, à me convaincre d’aller y poser les pieds. Lui est d’abord passé par le pont d’un rafiot mais, courte sur pattes, mes pieds n’arrivaient pas à atteindre la partie de la glace la plus éloignée de sa coque, la plus solide. Alors j’ai dû longuement chercher le meilleur passage, serrer les dents au moment de poser mon pied sur la glace me dépêchant de m’éloigner du bord, traumatisée par l’angoissant  spectacle de la veille.

On pouvait sentir la glace onduler sous nos pas, vibrer au passage des glisseurs. Mais les bouchons de patineurs et de promeneurs sur les portions de glace visiblement les plus solides qui nous obligaient à devoir marcher à proximité de là où l’eau arrivait à remonter à travers les fissures mis à mal notre intrépidité…. Nos fruits et légumes, notre pain bio, nous attendaient à l’autre bout de canal alors nous sommes remontés sur le rue, par l’endroit exact par lequel nous étions descendu, sur que notre poids de mangeurs de bitterbalen n’y briserait pas la glace.

Ma gourmandise n’a même pas réussi à me faire de nouveau passer par dessus le bord du canal lorsque mon radar à Chocomel repéra deux vendeurs bien installé avec leurs casseroles et leur réchaud sur la glace, ravitaillant les sportifs en chocolat chaud.

 

 

 

 

patin from hlndelhi on Vimeo.

3 commentaires pour “La glace d’Amsterdam

  1. Comme disent les québécois: « y a pas de mauvaises températures, il n’y a que de mauvais vêtements »… on vous prêtera nos doudounes canadiennes et nos bas en laine 😉
    En tout cas, respect pour le vélo sur la neige et par grand vent !!!

  2. Oh comme je suis trop jalouse du patin à glace en ville!! la prochaine fois ce sera peut-être plus fun d’aller au boulot en patin que en vélo!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *