Costa-Rica : Luis et ses cacaoyers

Suite de l’article « Heureux qui comme un paresseux »

Si l’humidité faisait moisir la mascotte nationale et donnait à mes cheveux l’aspect d’une mise en plis de mamie ratée, elle avait du bon, et même du très très bon. Les minéraux des terres volcaniques, l’ombre de la forêt et cette humidité retenue par cette même forêt… faisait du paysage un terrain propice à l’agroforesterie cacaoyère.

Autours du ranch de la Carolina Lodge, à Bijuagua, quelques discrètes exploitations de cacao s’étaient faites une place dans les trouées ouvertes dans la jungle.


Il fallait prendre de l’altitude dans les collines pour aller voir comment d’une petite fleur fragile on pouvait finir avec la nourriture des dieux: le chocolat, traversant le village et ses simples maisons de plain-pied  dont la richesse des ornements de Noël dénotaient avec le paysage et surtout avec la météo. Sapins enguirlandé, couronne du même épineux, avait dû en faire des kilomètres avant d’arriver dans cette Amérique des tropiques.

Au contraire de la magie mondialisée et discordante d’un Noël sous les tropiques,  ces petites fermes locales telles que la Finca Amistad montraient que la bonne formule était locale, responsable et intelligente, usant des techniques de permacultures, faisant de nous des gourmands un peu plus conscients.

C’est Luis, jeune Nicaraguayen employé de l’exploitation, ayant fui le désordre et la violence de du pays dont on pouvait contempler les plaines et le gigantesque lac depuis la route qui montait et descendait dans les collines, qui nous a fait voyager du macro au microcosme pourvoyeur de saveur.

Nous avons commencé notre tour de l’écosystème sous les feuilles de bananiers, indispensables partenaires des arbres à chocolat, apportant l’ombre nécessaire au maintien d’un environnement tièdement moite. Nous écoutions attentivement les explications hispanico-anglaises de Luis tout en prenant garde de ne pas nous attarder sur le passage de petites fourmis noires. Elles semblaient si minuscules qu’inoffensives mais leurs piqûres s’avéraient les plus douloureuses que j’ai pu expérimenter, bien que n’ayant pas poussé la démarche scientifique à une comparaison subjective en me frottant aux scorpions ou mygales. En se faufilant dans les interstices de nos tongues, elles transformaient un moment serein en une grotesque situation où les plus vaillants des adultes se mettaient à sautiller en gémissant de douleur face à cette décharge inattendue.

Outre l’alignement des cacaoyers, le sol et les cimes de la ferme restaient sauvages mais les cohabitations végétales et animales n’étaient pas tant laissées au hasard mais suivaient les principes et lois naturelles d’un certain socialisme végétal donnant une importance à chacun sans relation exploiteur-exploité. Ici la biodiversité était belle mais aussi fonctionnelle, l’écologie – oikos-logos – réellement holistiques. Ce n’est pas pour rien que le nom scientifique des cacaoyers est “Theobroma”  -Theos: dieu, Broma: nourriture – seul le dieu nature détenait la bonne formule et c’était lui qu’il fallait observer.
Et pourtant, dans le monde et particulièrement dans l’Afrique sur-exploitée, moins de 10% du cacao grandit sous les auspices protecteurs de forêts tropicales protectrices et participe de son opulence au soutien à la biodiversité.

Pour se débarrasser de l’embarras causé par les écureuils aux mâchoires d’acier capables de creuser une cabosse qu’un humain mettait toute sa force à ouvrir bien qu’outillé d’une machette aiguisée, des macadamias avaient été plantés. Les écureuils y trouvaient leur compte, se goinfrant de leurs noix moins intéressantes pour les clients suisses et belges et laissant tomber leur avidité pour les lingots locaux, tout le monde, poilu ou pas, y gagnait.



Toutes les bestioles étaient bienvenues, une famille de tapir avait même laissé sa tanière ouverte pendant qu’elle devait profiter de son sommeil diurne.
Les papillons à l’envergure et aux teintes décomplexées virevoltaient entre les feuillus, tout comme les pollinisateurs attirés par les bananiers, les mandariniers et fleurs odorantes. Les fleurs hermaphrodites de cacaoyer étaient tout aussi éphémères que les lépidoptères, 24h tout au plus. Ainsi fallait-il en rameuter des armées butineurs en leur proposant les conditions climatiques et nourricières avantageuses.

 

 

 

 

Pour ces cacaoyers méso-américains qui vivaient entourés de diversité salvatrice, la couleur de leur cabosse n’avait d’importance qu’à nos yeux avides de la beauté des dégradés roses, oranges, verts et violets de leur enveloppe. Eux aimaient la mixité, se métisser, s’hybrider pour se renforcer.

 

 

 

 

 

 

 

Les cabosses vidées d’une partie de leur richesse mucilagineuse étaient déposées en tas en lisière des rangées d’arbres, elles se décomposaient et apportaient le nitrogène nécessaire à la fertilisation naturelle des sols.

Leur contenu, des fruits frais recouverts d’une chair au goût fleuri et variant selon les espèces, s’apparentait à des litchis. Margotte en rafollait, pendant une bonne partie de la visite elle se balade avec sa cabosse qu’elle pouponnait dans ses bras, grappillant les fruits visqueux et fuyant et les suçant comme des bonbons.

Ceux qui ne finissaient pas dans sa bouche, étaient déposés dans des caisses de bois pour y fermenter jusqu’à ne laisser à découvert que la fève. Elle aussi devait sécher au soleil et à l’abris de l’humidité, ce qui n’était pas chose aisée ici. Il fallait alors parfois les transporter vers des altitudes moins élevées, débarrassées des pluies éternelles.

Les trésors extraits de leur cocon prenaient alors la voie du chocolat.
Broyées, par des machines ou des Hommes un peu plus musclé qu’un gringalet français, elles finissaient en pâte de cacao qui odoraient l’exploitation.

 

 

Malgré la chaleur est mes doutes quand qu’à leur survie jusqu’au frigo de retour à Matapalo, je repartirais avec ces odeurs empaquetées dans du papier d’allu estampillé “Finca la Amistad”, à Amsterdam un dimanche pluvieux, leurs saveurs me servirait de tour-operator pour m’envoler de nouveau, du moins gustativement, vers le Costa-Rica.
A la Carolina Lodge nous aurions pu nous en faire un chocolat au lait. A l’étable, pendant que la vache mâchait les restes de nos repas trop consistants, nous lui tirrions sur les pis remplis de lait qu’on sentait chaud à travers les aspérités. Rien ne sortait de ces glandes galactophore, juste la honte d’avoir perdu des compétences néolithiques qui ont fait de la France le pays au 400 fromages. 

 

2 commentaires pour “Costa-Rica : Luis et ses cacaoyers

  1. Trop cool comme expérience! C’est un peu le comble de partir au Costa Rica pour traire une vache alors qu’on en a tant en France non?! ^^’
    En tout cas, texte génial, comme d’hab et les photos sont splendides et donnent tellement envie!

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